D, Ayroles & Maïorana, éditions Delcourt, version intégrale.
Alors... Ca ne va clairement pas être simple d'en parler. Je suis tellement partagée à propos de ce triptyque que j'ai eu du mal à m'endormir une fois la dernière page tournée : mes pensées se livraient une bataille acharnée pour savoir si elles avaient aimé ou pas !
Pour ce qui est du contexte, j'avais acheté le tome 1 - Lord Faureston un peu au pif, parce que j'adorais la couverture, que la vendeuse m'avait affirmé que c'était un très bel ouvrage du point de vue du message qu'il véhiculait et qu'il finissait au bout de 3 tomes, et qu'en prime, ça parlait de vampires. Et quand ça parle de vampire, ma curiosité est toujours titillée (du moins quand ça ne scintille pas ni ne tombe dans les clichés du bel androgyne torturé dont tombe amoureuse la jeune et belle humaine blablabla).
Et en le refermant, j'étais tellement dubitative que j'ai eu envie de connaitre la suite, pour savoir si j'allais arriver à me faire une idée précise de ce que j'en avais pensé, ou pas. Et comme le style m'avait lui aussi laissée circonspecte, j'ai décidé de me procurer la suite dans sa version brute, sans couleur, donc.
Par quoi commencer....
Le style peut-être. Je connaissais ce duo d'artistes par De Cape et de Crocs, et un vague souvenir de jeunesse de Garulfo. J'étais curieuse de voir ce qu'ils pouvaient faire dans un style plus "humanoïde". Mais si j'ai adoré le design des personnages et le trait de manière générale, j'ai eu beaucoup de mal avec l'homogénéité de celui-ci. C'est un style mais... Ca me gêne vraiment, ces plans où un personnages est de traviole comme s'il était mal maitrisé. Je pense d'ailleurs surtout aux personnages féminins - ou un minimum androgynes- qui ont une fâcheuse tendance à changer de tête d'une case à l'autre. Fatalement, avec mon domaine de compétence, je n'arrivais pas à passer outre et notait systématiquement ce genre de détail sans pouvoir m'en empêcher.
J'ai tout d'abord pensé que ça se sentirait moins sans la colo, d'où mon achat de la suite en version brute. Et c'est un peu le cas au final, même si ce n'était pas encore ça. Cela dit si quelqu'un est tenté de se plonger dans cet ouvrage, je lui recommande de rester sur la version en couleur du début à la fin : c'est tout de même beaucoup plus compréhensible, les ellipses étant la plupart du temps gérées par des changements d'atmosphère (jour, nuit, flasback etc, le tout signifié par des changements d'ambiances colorées).
En dehors de cela, les personnages ont malgré tout tous une touche vraiment plaisante. Il n'y a pas deux morphologies identiques (sauf en ce qui concerne les femmes... je sens que vous voyez poindre le gros point noir que j'ai trouvé à cette BD :D ), et même jusque dans le parler, chacun a sa personnalité très bien mise en valeur.
A ce propos, les dialogues sont une pure merveille !! Un langage très victorien, très soutenu, parfait, mais bourré de cet humour anglais décapant qui fait vraiment très plaisir à lire !
Drake, le personnage principal de l'histoire (le baraqué moustachu sur la vignette juste au dessus), est une sorte de gros bourrin, poète à ses heures, baraqué, et au langage souvent très fleurit quand il ne balance pas ses pics sarcastiques. Je l'ai beaucoup apprécié même si je l'ai trouvé parfois un peu caricatural. Le voir se mêler à des aristocrates guindés donne lieu a de mémorables joutes verbales. Sans parler de ses proches, tous très hauts en couleur au final (je pense notamment à Allistair Swindley, une sorte d'écrivain excentrique qui voue un amour inconditionnel à son canard de compagnie et à ses lectures amorales).
Le gros gros groooos problème de cette BD, c'est le rôle des femmes.
Là sincèrement, c'est ce qui m'a gâché le reste de l'histoire et qui fait que je suis vraiment... déçue, quelque part. Et qui m'a laissé complètement énervée à la fin - sentiment désagréable quand on a malgré tout adoré le scénario !
Tous les personnages de femmes d'un certain âge sont de vieilles biques aigries. Et tous les autres sont de jeunes et jolies femmes, soumises ou libertines. Pas de juste milieu... Et lorsque l'on nous fait croire qu'un personnage féminin a du caractère ou -je cite- une part de ténèbres, il s'avère que c’est parce qu'elle est soit jalouse, soit qu'elle a des fantasmes sexuels de femme qui dit non mais qui pense oui (mais qui est vierge, bien sûr sinon c'est pas drôle).
Et je ne parle pas de leur représentation dans l'ouvrage...
L'héroïne a beau être attachante par certains côtés, elle n'en est pas moins soumise, et sa sensualité se résume à des crises de fièvres en tenue de nuit transparente (ALERTE SPOILER : Sérieusement... on nous fait croire qu'elle est bien plus émancipée que d'autres femmes pour l'époque, fréquentant Drake malgré le fait que sa mère désapprouve... Mais pour ce faire, réclame d'être enlevée par son homme, l'aime parce qu'il lui fait -je cite- "peur d'une façon agréable" ; et attention, clou du spectacle : cette scène où elle est atteinte de fièvre, attachée en petite tenue sur un lit de façon très suggestive, et soumises au tripotage en règle d'une vampiresse au charme maléfique. Bonjour le fantasme masculin puissance dix mille, qui aurait pu être super intéressant si ça ne sentait pas le passage masturbatoire. Et que dire de cette scène finale où elle fait montre de son courage, tuant la vampiresse...? Certes, elle lui tire dessus de sang froid, mais c'est parce que c'est une potentielle rivale qui s'apprête à embrasser SON Drake. Et on nous fait croire ensuite que c'est en fait parce qu'elle a été traumatisée par la scène du lit >_>).
Quant au personnage féminin "méchant"... Là aussi, tout un poème. Si elle est sensée être très puissante et tenir les hommes sous sa coupe grâce à son charme (ce qui pour le coup est acceptable puisque c'est le propre des vampires), elle offre tout à coup une confiance aveugle à Drake, littéralement d'une case à l'autre, sans que sa justification ne soit très crédible à mes yeux. Du genre... "bon ben puisque vous êtes là, tant qu'à faire hein...". Non, désolée. Les hommes de la BD ont tous une motivation plus ou moins noble, mais affirmée. Là... c'est un peu trop léger pour moi.
De plus, autre fait franchement agaçant, lorsque l'on voit un homme vampire se nourir, il est... un monstre, littéralement. Il n'est sensuel et attractif que lorsqu'il chasse et manipule. Autrement, on insiste bien sur le fait que ça reste une sorte d'animal, un prédateur sans coeur (je meurs d'envie de vous montrer cette vignette hallucinante et magnifique où on découvre cela justement, mais ce serait encore un spoiler :D ).
Mais si c'est une femme vampire alors là non ! Faut pas déconner. Quand elle mange, elle reste incroyablement belle, et si possible toute nue. Non mais vraiment... On lui laisse un corset pour la forme, mais autrement... rien, pas la peine. (ALERTE SPOILER : On a même droit à un plan de face lorsque Drake interrompt son repas, totalement inutile, si ce n’est pour permettre au lecteur de compter le nombre de poils parfaitement taillés de l'intimité de la belle, qui ne manque pas de venir se coller contre le héros.......).
Bref. Je m'énerve de nouveau ! Passons !! Parce qu'en dehors de cela -qui est quand même un énoooooorme point noir hein- l'histoire en elle-même est absolument géniale !!
Revisiter la légende du compte Dracula de cette façon est vraiment bien trouvé ! On a droit à de nombreux rebondissements, et si certains sont un peu gros, d'autres en revanche sont franchement bluffants. Le bouquet final est tout simplement.... kiffant XD
Le rythme de l'histoire lui aussi est très bien mené, quoi que certains passages de dialogues peuvent paraitre un peu longuets pour quelqu'un qui n'est pas spécialement réactif à l'humour british.
Quant au message lui-même, il est réellement très intéressant, très intelligent, et surprenant à la fois. Ce n'est clairement pas en s'arrêtant au premier tome qu'on le saisit par contre. Il faut vraiment lire les trois pour savourer toute sa puissance.
C'est définitivement une très belle réflexion sur la société moderne, la Nature, et ce qu'elles exercent comme pouvoir sur l'Humain.
Pour résumer, vraiment, le scénario est à mon sens à couper le souffle, et rien que pour cela je recommanderais malgré tout cette lecture. Il faut simplement réussir à faire abstraction des personnages féminins, mais ce n'est pas la première fois au final....... malheureusement.
[D'ailleurs petite aparté, je ne saurais que vous conseiller de lire ce post à propos du sexisme et des scénario qu'on veut quand même trouvé cool : "Le sexisme et le cinéma, l'éternel combat"]


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